Même les riches devraient être d’accord

D’accord sur la question « est-il possible de vivre librement, de vivre dignement, de « prospérer » par conséquent, dans un monde de moins en moins habitable, où la vie, le « plein vivre » l’aura cédé à la « survie », au « rétrécissement des possibles », à la « non mort » généralisée ? ». Que l’on soit pauvre ou riche ! Quelle conclusion en tirer ?

C’est une question qui mérite réflexion et elle nous été suscitée par la lecture de l’ouvrage publié par Baptiste Morizot et Laurent Neyret « LIBERTE, DIGNITE, HABITABILITE »  (Tracts Gallimard, Grand format). Leur texte nous aide à penser comment dans ce monde bousculé c’est un défi que de vivre librement et avec dignité.

En effet est-ce vivable d’habiter dans un monde où nous serons assommés par les canicules, fragilisés par les soubresauts du climat, confinés par les pandémies, dégradés par des maladies que l’on a plus les moyens de soigner, affamés par des récoltes faméliques, abîmés par la « guerre d’usure, diluée, des pesticides », menacés à chaque coin de rue, bunkerisés face aux menaces extérieures, déclassés pour cause d’IA, épuisés par la compétition et les nécessités de la survie, usés par les fins de mois, démoralisés par la dégradation du vivant et de la nature… ?

Les riches[1] auraient-ils la naïveté de croire qu’ils vont pouvoir « vivre en Suède », au frais, librement, dignement, entourés de milliards de « désespérés »… pas plus qu’il ne suffit pas d’habiter enfermés dans un logement climatisé pour vivre normalement ? Les riches, mais aussi les autres oublient-ils à quel point nous sommes interdépendants, entre nous, avec la nature dont nous sommes l’un des éléments ? Oublient-ils que sans interdépendance il n’y a pas d’économie viable ? Oublient-ils que les révoltes induites, les confrontations violentes, finiront d’achever la survie moribonde pour toute forme de vie ?

Bref, et c’est le cœur du sujet, impossible de vivre librement et avec dignité dans un monde « où détruire ce qui nous fait vivre est légal, banal et rentable », donc dans un monde inhabitable.  Si notre devise « liberté, égalité, fraternité » n’a pas pris de rides elle a néanmoins besoin d’être complétée. La « valeur » « Habitabilité de la Terre pour la vie et par la vie » (qui conditionne à l’évidence celle de dignité et de liberté) doit surplomber l’ensemble de nos règles du jeu. Cette habitabilité, forcément pour toutes et tous, pour toute forme de vie, devient par conséquent un « Impératif » vital, une condition nécessaire (mais insuffisante) pour ne pas nous « contenter » de survivre. Nous ne pouvons plus nous satisfaire de lois environnementales perçues comme des contraintes administratives ou techniques. Il faut faire de cette « valeur cardinale » LA priorité, une méta-norme et une boussole. En d’autres termes inscrire cet impératif « existentiel » dans la loi fondamentale, en France dans la constitution… et consécutivement dans le droit pénal (« ce qui est tolérable cesse de l’être »).

Si cette exigence d’habitabilité s’impose assez facilement à l’esprit, reste à prendre conscience, riches et pauvres, de nos interdépendances (« processus constant de régénération », « trame d’interdépendances »…). Pas « simple » dans une culture largement manichéenne prompte à la confrontation ! A l’approche de l’élection présidentielle, je vois avec inquiétude la ligne de partage entre confrontations partisanes et coopération, entre intolérance et « courage du dialogue » alors que nous sommes maintenant confrontés aux défis radicalement nouveaux de cette « seconde modernité » qui nous contraint à inventer un nouveau logiciel.

Nous sommes bien en face d’un double défi : compromis pour faire face aux périls immédiats, créer les conditions du dialogue pour réfléchir au fond, aux valeurs, aux choix éthiques et sociétaux. En d’autres termes être à la fois sur le court terme et le long terme. Faire de la menace une opportunité. ?

A ce stade je « saute » sur l’émouvante dynamique insufflée par la visite du Pape. Car il y a bien une France en quête de sens, d’Idéal, et c’est elle qu’il faut mobiliser sur le thème justement de l’habitabilité.

Il n’est pas trop tôt et, je l’espère, pas trop tard non plus pour s’en occuper[2].

Jean-Louis Virat


[1] Je n’hésite pas à dire que « plus on est riche plus on pollue ». Par conséquent face au péril, plus on est riche plus on a de responsabilité et d’obligations.

[2] « L’heure est désormais venue de s’engager dans une cartographie précise des différents modes d’intégration possible de l’habitabilité dans le droit… el est l’objet de la mission du groupe de travail international sur le Principe habitabilité qui va être installé au sein de l’Ecole de droit et de l’Ecole du climat de Sciences Po » (pages 55 et 56)

One Reply to “Même les riches devraient être d’accord”

  1. L’Héritage universel

    Dans la Grèce antique, Ploutos
    Amassait l’argent
    Insensible au malheur des gens.
    Zeus le rendit aveugle
    L’obligeant à redistribue ses biens
    Au hasard de ses rencontres avec les gens.

    En mille sept cent quatre-vingt neuf
    On abolit les privilèges
    Mais Ploutos renaît de ses cendres
    Et la domination ploutocratique
    S’installe à corrompre la démocratie naissante

    En deux mille vingt-sept, le Peuple
    Se réveille et renvoie
    Ploutos aux calendes grecques :
    Plafonner les privilèges
    de la naissance et imposer
    L’Héritage Universel

    Les Nations du monde entier
    Sous les hospices de la France
    En grand nombre rassemblées
    Gardons-nous simples et gais
    Pour annoncer au Monde
    Le partage est la Vérité.

    Le partage est la vérité
    L’Héritage Universel

    Le partage est la vérité
    L’Héritage Universel

    Et un projet : https://www.2027-mafrance.fr

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