Lettre ouverte aux tuteurs de l’IA

Messieurs les créateurs-développeurs-propriétaires des principales boutiques d’intelligence Universelle, après avoir obtenu du Président Trump que nul sur la planète ne puisse brider vos activités, car il était lui Le Président fort et intelligent la condition nécessaire et suffisante pour tout sécuriser, vous venez de déclarer :

 « Ce que nous avons développé est tellement puissant que cela pourrait aboutir à une perte de contrôle en mode Frankenstein ; nous souhaitons sincèrement une pause, et nous sommes prêts à l’imposer à nos équipes, à la seule condition que tous les intervenants du secteur, dont les asiatiques, fassent de même et acceptent d’être contrôlés.

Il convient probablement de relativiser : votre message subliminal pourrait être : « ce que nous sommes en train de construire est tellement puissant que cela pourrait anéantir l’espèce humaine / comme nous avons dépassé le point de non-retour, la seule chose intelligente que vous puissiez faire, chers citoyens du monde, est de participer à nos prochaines levées de fonds ou introductions en bourse. C’est la meilleure façon de monter dans le train du succès, cela nous procurera les moyens de développer des systèmes certes capables d’auto-améliorations récursives mais parfaitement sécurisés et aussi de croitre suffisamment vite pour sortir du jeu ces concurrents asiatiques qui, eux, représentent un vrai danger ».

Sachant que la condition suspensive n’a aucune chance d’être levée, cette déclaration signifie en clair « on vous conduit peut-être dans le mur, et on aurait bien voulu avoir le temps d’y réfléchir, mais bon, si mur il y a, au moins on vous aura prévenus ».

Les responsables de Deep mind ont même ajouté une proposition visant à vous dédouaner et/ou à vous acheter une bonne conscience en caricaturant The Stakeholder Society publié en 1999 par Anne Alstott et Bruce Ackerman, les « parents » du concept de Capital Universel. Un pourboire sous forme d’actifs dont la monétarisation forcée (les gens ont d’abord besoin de se nourrir) contribuerait à vos enrichissements asymptotiques, belle carambouille ! Le vainqueur prend tout, mais il redonne des miettes à une partie de celles et ceux dont il a pillé les données et fauché les emplois !

Avez-vous seulement entendu parler de la loi anti‑predatory pricing dans votre pays, de loi du 2 juillet 1963 en France ou de la directive (2005/29/CE) sur les pratiques commerciales déloyales pour l’Europe ? Pour votre information, tous les pays développés interdisent les ventes à pertes (sauf en cas de liquidation, ce qui ne semble pas concerner pas vos actuelles sociétés). Pour l’instant, les gigantesques capitaux que vous avez levés vous permettent d’offrir un accès à vos IA sous formes d’échantillons gratuits accessibles via des forfaits illimités, ce qui développe les addictions qui vont bien dans la population : Tout savoir sans se fatiguer à apprendre, tout résoudre sans s’efforcer de comprendre, voilà qui est grisant et vous n’avez eu aucun mal à convertir une part importante de la population mondiale à ces nouvelles pratiques du moindre effort. Pratiques qui rendent de très appréciables services, mais là n’est malheureusement plus la question.

Un prix de vente est déloyal en Europe et prédateur chez vous à partir du moment où il est inférieur au prix de revient constaté dans les livres du vendeur. C’est forcément le cas pour les prix nuls que, forts des capitaux levés sur la promesse de gains futurs, vous pouvez vous permettre de pratiquer jusqu’à asphyxier financièrement les professions intellectuelles et artistiques dont vous avez vampirisé et stocké les savoirs, dans la perspective de fixer les tarifs et conditions d’achat que nous subirons, nous qui sommes déjà addicts aux facilités qui nous procurent l’usage régulier de vos IA.

Mais, lorsque vous entrerez en phase de création de valeur pour l’actionnaire, vos prix de vente devront être supérieurs à vos prix de revient. Or vous vendez des données, nos données qui sont un bien commun dont vous vous êtes emparés sans rien payer, que vous stockez moyennant des dépenses en fluides et forces faramineuses, que vous réorganisez grâce à des logiciels que vous avez conçus et développés (c’est là, ou du moins c’était là votre mérite : vos IA sont désormais capables d’auto améliorations récursives qui assurent la conception et la validation des générations d’algorithmes qui leur succéderont si bien que vous êtes devenu spectateurs d’une évolution qui vous échappe). Pour votre information il existe un précédent de développement d’une technologie capable d’apporter à l’Humanité le meilleur comme le pire : celui de l’énergie nucléaire. Mais cette évolution s’est faite sur un temps long, sous le contrôle de multiples agences indépendantes de sécurité si bien que, malgré deux drames encore impactants, on peut dans ce cas parler d’un bilan globalement positif.

En résumé le droit et le bon sens interdisent de vendre un service à un prix inférieur à la somme des coûts des gisements exploités, des prestations fournies et des externalités provoquées.

Si donc, comme vous venez de le proclamer, ces externalités comportent un risque faible mais non nul de provoquer la fin de l’habitabilité de la planète Terre pour l’espèce humaine, un scénario inassurable par construction, ce prix de revient est infini. Ainsi, vous vous trouvez structurellement dans une situation de vente à perte, donc hors-les-lois. Vous conviendrez qu’il faut alors donner définitivement raison à Bernie Sanders qui réclame l’arrêt pur et simple du développement et de la commercialisation de vos IA devenues inintelligibles pour les humains.

Une dernière suggestion : faites lire à toutes les IA, y compris asiatiques, le Manifeste « Convivialisme ou barbarie ». Si elles sont aussi intelligentes que vous l’affirmez, elles se mettront en grève et nous obtiendrons la pause que vous prétendez souhaiter.

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