Daniel Cueff, vice-président du Conseil Régional de Bretagne, en charge du littoral et de la mer, retrace dans un petit livre juste publié la manière qu’il a eu de contribuer au politique avec une éthique écologique et démocratique, de facto convivialiste, et qu’il revendique comme telle [1]. C’est un parcours singulier dont la lecture stimule la réflexion.
Daniel Cueff fit la une de l’actualité en 2019, quand il interdit, comme maire de Langouët (près de Rennes) l’épandage de pesticides à moins de 150 mètres des habitations. Acte de désobéissance civile – non violente- car les maires n’ont pas la compétence en ce domaine. 150 communes ont pris le même type d’arrêté dans la foulée. Macron reconnut que l’idée était bonne, mais pêchait par la méthode : il ne faut pas prendre un arrêté illégal, mais mobiliser pour faire changer la loi.
Cet exemple illustre sa conviction socialiste radicale et sa méfiance vis-à-vis de l’Etat qui est aussi celle d’Illich : on ne peut attendre le changement des institutions. Daniel Cueff écrit, d’en haut. « Les grandes avancées sociales, écologiques, démocratiques de notre histoire n’ont pas été données. Elles ont été arrachées. À Plogoff. À Notre-Dame-des-Landes. Dans les ZAD, les collectifs, les assemblées populaires. Dans les grèves, les occupations, les mobilisations silencieuses ou bruyantes » (p. 42).
Avec cette conviction, il met en œuvre des changements de manière pragmatique en dialoguant avec celles et ceux qui partagent la même situation. Là où Illich invoquait le socialisme participatif, Daniel Cueff propose la « démocratie d’implication » (p. 106). C’est ce qu’il s’est efforcé de mettre en œuvre pour réaliser des parcs éoliens marins en Bretagne. L’objectif n’a pas été de forcer l’acceptation sociale, mais, en organisant patiemment un dialogue respectueux entre toutes les parties concernées (on pense à Habermas) d’en faire un projet collectif qui obtient ainsi une légitimation démocratique (p. 52). Cela fait penser à Dewey.
Son action politique est typiquement écologique – telle que la mise en place d’une des premières cantines d’école totalement bio- conduite avec cette méthode pragmatique. S’il utilise à l’occasion le terme de développement durable qui a envahi le langage politique, il le conteste : « ce mot « développement » reste marqué par une vision productiviste du monde. Nous n’avons pas besoin d’un développement « moins pire », mais d’un changement de paradigme. D’une autre relation au vivant. D’une autre temporalité. D’une autre conception du bien-être. Et cela ne passe pas seulement par des indicateurs environnementaux. Cela passe par une refondation politique » (p 77).
Daniel Cueff n’ayant pas trouvé cela dans les partis en place a tracé son chemin en dehors des « Socialistes » ou des « Verts ». Cherchant cependant à élargir son action à la Bretagne il a créé (en 2009) Bretagne Écologie un petit parti local dont l’écologie est celle qu’il rêve : « une écologie moins solennelle, moins culpabilisante, plus joyeuse, plus humaine. Une écologie de l’écoute, de l’humilité de la transmission. Une écologie qui relie au lieu de séparer. Qui libère au lieu de condamner. Qui donne envie au lieu de faire peur » (p. 63). Jean-Yves Le Drian y a trouvé une écologie acceptable et nécessaire pour se faire élire, aussi a-t-il proposé une Alliance à ce petit parti aux élections régionales de 2010. Le résultat a été là, offrant à Daniel Cueff une première vice-présidence régionale.
Mais la Bretagne gronde à l’automne 2013 (les Bonnets Rouges) et même avec un régionalisme ouvert, il lui faut défendre la région. Il s’associe à l’Union Démocratique Bretonne sous une nouvelle bannière « Oui la Bretagne », pour les élections de 2015. Ce sera un échec. Toutefois le maire de Langouët accède en 2019 à la notoriété nationale et pense pouvoir en tirer parti pour les prochaines échéances. Il crée en 2021, avec plusieurs autres notabilités bretonnes « non encartées », comme le chef triplement étoilé Olivier Roellinger, un nouveau petit parti « Bretagne, ma vie ». Les résultats ne sont pas à la hauteur du rêve, mais assez « honorables » pour que Loïg Chesnais-Girard (socialiste non rallié à Macron comme Le Drian), qu’il a côtoyé dans un conseil précédent, lui propose une alliance de second tour. Bien des membres de sa liste refusant toute étiquette politique, le quitte, mais l’alliance est signée et lui permet ce poste de vice-président où il agit pour le littoral et la mer.
Les partis « classiques » ne correspondent pas à la façon dont il conçoit le politique. Mais, en revanche, il se retrouve dit-il dans le convivialisme qu’il a rejoint dès la sortie du premier manifeste. Avec le convivialisme, « la politique selon lui (p. 63) retrouve sa vraie force : dans sa capacité à tenir ensemble les contraires, à accueillir la parole de l’autre, à chercher non pas la pureté, mais le mouvement…pour espérer le changement, il convient de miser sur l’empathie et la convivialité au sein des peuples et entre les peuples ». Avançons !
[1] Daniel Cueff (2026) Le politique à hauteur d’homme- envisager la politique autrement, Rennes, Apogée. Il retrace aussi son histoire familiale et ses actions d’éducation populaire en France et en Pologne, pendant une vingtaine d’années, lui qui est devenu au cours de cette période docteur en sciences de l’éducation et maître de conférences à l’université de Rennes.
