Vœux convivialistes pour 2026 : Persévérance et Espérance ! Par Marc Humbert, président de l’association des convivialistes.

Cela fait des décennies que nous avons une réelle difficulté à nous montrer enjoués au moment de nous fêter mutuellement une bonne année. Nous ne pouvons en effet ignorer la logique à l’œuvre qui dégrade la situation de notre humanité. Il nous faut cependant poursuivre sa dénonciation critique et énoncer les propositions permettant de lui substituer, finalement, une logique convivialiste. Persévérons et Espérons !

Le compromis planétaire imposé par les vainqueurs de la dernière guerre mondiale n’a pas longtemps tenu ses promesses de paix et de prospérité pour toutes et pour tous. Plus du tiers de la population mondiale vit aujourd’hui encore sans pouvoir accéder à une alimentation suffisante pour être en bonne santé, vingt mille personnes meurent chaque année des conséquences de leur sous-nutrition. L’essor du commerce international n’a pas effacé les tensions entre les Etats-Nations et les conflits, certes localisés, ont fait plus de 3,5 millions de victimes.

Le monde économique, peu régulé par le Droit, est piloté par des firmes géantes. Ce furent d’abord principalement des firmes Nord-Américaines, puis des firmes Européennes, rejointes par des Japonaises, toutes désormais concurrencées par des firmes Coréennes, Chinoises, Indiennes, Latino-Américaines… Elles imposent avec le soutien de leurs Etats respectifs les directions d’évolution technologiques et économiques qui les rendent prospères et que le monde entier se doit de suivre. Et qui est appelé « développement ».

Partout, les masses laborieuses sont entraînées au moyen d’un déluge de publicité vers la consommation des produits proposés par ces firmes. Les masses qui peuvent y accéder n’en tirent aucune satiété alors que monte un sentiment d’injustice. En raison de l’inégalité dans la répartition qui profite aux Etats-Nations les plus riches tandis qu’au sein de chacun d’eux les élites économiques et politiques bénéficient d’un enrichissement insensé et s’adonnent à des consommations ostentatoires sans le ruissellement prétendu vers les plus démunis.

Pour maintenir ces inégalités, la poursuite de la promesse d’après-guerre, de démocratie et de liberté entre les Nations et au sein des Nations, s’est transformée en montée de l’ordre imposé par les plus forts : celui des oligarchies au pouvoir. Les détenteurs de l’arme nucléaire, interdite aux Nations ordinaires, et en tête la première puissance militaire et économique de la planète, tiennent à régenter le monde selon leurs lois. Au sein des Etats-Nations, les régimes dits illibéraux, laïcs ou religieux, tendent à se généraliser, en promettant aux masses pour qu’elles les approuvent, si ce n’est la prospérité, leur protection et leur sécurité.

Mais cela ne permet pas de faire face à ce que le « développement » poursuivi depuis des décennies bute sur l’épuisement des ressources de la planète et sur les dégradations qui lui ont été portées et leurs conséquences. L’habitabilité de la terre est en péril et c’est parmi la masse laborieuse, pas seulement dans les Etats-Nations les plus pauvres, que vont se compter les millions de victimes à venir. Ces régimes n’éliminent pas bien au contraire, les inégalités de droit entre les personnes, les discriminations subies depuis les origines de l’humanité par les femmes et les étrangers que la déclaration universelle des droits de l’homme avait condamnées. Des discriminations multiples se sont diversifiées et accrues et les régimes illibéraux les entérinent.

Pour Illich, la logique à l’œuvre s’abrite derrière l’étendard chatoyant et stimulant, dénommé « développement ». Mais cet étendard recouvre une réalité brutale, celle des désirs de possession et de puissance ainsi que leur libre expression justifiée au nom de l’idéal démocratique. Ce sont ces désirs qui ont été libérés pour entraîner le monde dans une accélération sans précédent, progrès technique et croissance incontrôlés. L’humanité est emmenée dans un ouragan sans limite qui la conduit à sa perte. Nous avons compris l’avertissement d’Illich (1973, La convivialité, Paris, Le Seuil) : il nous faut revenir à un rythme de changement adapté à ce qu’il nous est humainement possible et cela suppose en premier un accord politique d’auto-limitation.

Persévérons dans notre effort de diffusion de nos « principes convivialistes ». En premier du méta-principe de modération de l’hubris qui implique d’aller vers cet accord d’autolimitation. Ensuite et en même temps diffusons les principes qui permettent de régénérer notre humanisme en définissant ce qu’est un fonctionnement pleinement humain : les principes de commune naturalité, de commune humanité, de commune socialité, de légitime individuation et d’opposition créatrice. Permettant une vie dans l’interdépendance générale au sein de l’univers.

Tâchons également d’avancer sur la conception des modes de fonctionnement de nos activités – économiques en particulier- et de leur organisation par le politique, afin de pouvoir, quand la folie en cours aura été arrêtée d’une manière ou d’une autre, mettre en œuvre l’accomplissement d’une humanité régénérée. Persévérons et cultivons l’espérance !

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2 Replies to “Vœux convivialistes pour 2026 : Persévérance et Espérance ! Par Marc Humbert, président de l’association des convivialistes.”

  1. C’est un beau texte de vigilance et d’espérance pour commencer une année qui s’annonce aussi dramatique que la précédente. Je cite : « Quand la folie en cours aura été arrêtée d’une manière ou d’une autre … ». Il ne suffit pas d’attendre. La vraie question est : que faire pour arrêter cette folie qui dans le passé a conduit à la guerre et dans l’avenir conduirait à l’érosion de l’humanité ?

    1. Merci Christian, oui que faire pour arrêter la folie en cours?

      C’est la question de l’urgence du moment et cruciale pour l’avenir. Je ne l’aborde pas de front dans mon texte. Vous avez raison.

      Les personnes en responsabilité doivent aujourd’hui comme hier et demain prendre des décisions et faire quelque chose.Mais on dirait qu’elles ne savent pas trop quoi faire.

      Chacun peut bien sûr chercher une réponse et les moyens de la mettre en oeuvre. Je suppose que chacun écoute les propositions, observe les tentatives. Je ne me suis pas exprimé car je n’ai personnellement ni expérience politique gouvernementale, ni expérience militaire stratégique pour émettre un avis pertinent. Je mets sur la table ce que je peux imaginer comme réorganisation « après ». Après quoi? Je n’en dis rien non plus.

      Faut-il envoyer des troupes au Groënland pour ne pas reculer comme à Dantzig? Je n’en sais rien. Nous avons reculé lors de l’annexion de la Crimée. Douze ans plus tard il semble bien qu’on soit entré dans une ère des rapports de force, de violence potentielle et réelle comme on l’a vu au cours des dernières années et aujourd’hui en tant de lieux que chacun connaît.

      Les principes du dialogue et de la négociation ont plus de mal que jamais à réguler le monde, c’est le moins que l’on puisse affirmer. Cela incite à penser que l’heure des réformettes et des petits yaka faukon serait révolue, mais, certes, si elles ne peuvent arrêter un mastodonte en mouvement on peut avoir l’optimisme de penser qu’elles et qu’ils parviennent à le faire changer progressivement de trajectoire…
      Bien amicalement

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