PETIT MANIFESTE POUR UN MUNICIPALISME CONVIVIALISTE

Imaginer et promouvoir des engagements municipaux convivialistes

L’urbanisation est le fait marquant du siècle passé, dorénavant toute la Terre est urbanisée. Cela a conduit, bien souvent, à la disparition des relations ancestrales villes/campagnes, à l’homogénéisation des paysages, à un urbain diffus dépendant de l’automobile… Des non-villes et des non-campagnes se sont constituées tout en saccageant des écosystèmes et en contrariant les rapports entre les humains et le vivant. Pour préserver l’environnement, renouveler la démocratie locale et expérimenter de nouvelles solidarités, l’ancrage territorial est impératif.

Chaque municipalité, petite ou grande, a un rôle à jouer pour écologiser ses actions. Elle y parviendra si chacun se sent concerné et met ses capacités créatrices au service d’un projet commun dans le contexte d’une démocratie renouvelée. Les premiers auteurs de ce petit manifeste évolutif (il pourra évoluer en fonction des suggestions de ceux qui y adhèrent) s’inscrivent dans une démarche convivialiste. Les équipes municipales en place, ou celles se présentant prochainement aux élections qui souscrivent aux intentions convivialistes pourront le faire en tenant compte des spécificités leur commune. Il va de soi que la taille d’une petite commune permet de débattre plus facilement que celle d’une agglomération de plusieurs dizaines de milliers d’habitants. Là, ce sont les quartiers qu’il faudra privilégier. Dans cet esprit, il est souhaitable que le futur conseil municipal adopte une approche collégiale, fondée sur la certitude que c’est la transversalité des études et des décisions qui assure leur efficacité.

QUELQUES SUGGESTIONS

Les quelques exemples de mesures possibles qui suivent illustrent cette nouvelle approche que les municipalités pourraient mettre en place dans les domaines qui dépendent de leurs compétences avec l’appui des citoyens.

Commune naturalité. Vivre en symbiose avec la nature

Évaluer toute décision municipale (cantine scolaire, éclairage public, traitement des déchets, horaires des services publics, nouvelles constructions, etc.) en fonction de leur impact sur la nature et de l’apport de celle-ci à nos vies. Un rapport est communiqué chaque année.

Organiser des promenades « autres regards » pour permettre aux habitants de mieux apprécier et comprendre leurs rapports avec la nature et l’importance de la biodiversité

Économiser le sol, le protéger et le soigner (empêcher l’étalement urbain et le mitage, favoriser une bio-agriculture urbaine, planter des forêts et des haies, encourager le jardinage et les terrains d’aventure, etc.)

Établir une tarification progressive de l’usage de l’eau pour les consommations agricoles, industrielles et domestiques. Exalter la place de l’eau dans la ville, pour la beauté des paysages tout comme pour sa poétique.

Préférer les constructions en matériaux locaux géosourcés au béton armé, les architectures à taille humaine aux tours énergivores, les continuités arborées aux voies asphaltées.

Commune humanité.  Respecter nos différences

Affecter au moins 1% du budget municipal à des logements décents destinés aux victimes de catastrophes, d’ici ou d’ailleurs.

Ouvrir une Maison des solidarités et de l’hospitalité (MSH) au service des plus démunis, des personnes isolées, des familles monoparentales, des personnes en détresse qui soit l’affaire de tous et non pas seulement d’un personnel spécialisé.

En veillant au respect de laïcité, la mairie (maison commune des citoyens), doit s’ouvrir au dialogue interreligieux dans toutes ses dimensions pour faire reculer peurs et haines. 

Définir avec les acteurs concernés un système d’échanges et de solidarités villes-campagnes.

Créer un partenariat puis un jumelage avec une municipalité du tiers-monde de taille équivalente.

Commune socialité. Se nourrir du lien social et le nourrir

Encourager les rencontres informelles et conviviales indispensables à de bonnes relations entre individus, élu-e-s, organisations, entreprises, artisans, services au public (école, Ehpad, conservatoire, associations sportives, marchés bio…) afin de se connaitre pour se reconnaitre.

Cultiver dès le plus jeune âge le respect d’autrui quel qu’il soit, et encourager les plus jeunes à aider les plus âgés et réciproquement.

Aider les aidants (pair-aidance, aide juridique etc.) .

Privilégier les activités associatives ainsi que l’économie sociale, solidaire et environnementale et le partage des « communs » dans les appels d’offre.

Mettre en place un service d’aide à la résolution des conflits de voisinage.

Créer une Maison des territoires et des temps (MTT), pour harmoniser les politiques publiques des municipalités voisines, les horaires et temporalités selon les saisons des uns et des autres.

Au-delà de la parité hommes/femmes, œuvrer à une parité sociale, seule à même de donner la parole aux moins bien lotis en capital économique, social, culturel ou scolaire.

Légitime individuation. Droit à l’épanouissement de toutes et tous

Respecter le droit à la libre expression individuelle, respectueuse des autres, seule garantie d’être mieux avec-soi-même, et faire confiance à chacune et chacun, en fonction de son âge, de sa situation, de ses qualités. Toutes les mesures prises en matière de démocratie locale renouvelée (démocratie continue, démocratie d’interpellation, démocratie de proximité, budget participatif…) doivent y contribuer.

Définir avec les associations et les entreprises concernées, dès le début du mandat, un programme d’éducation populaire.

Mettre en valeur celles et ceux qui contribuent à la vie du territoire, en leur rendant hommage.

Opposition créatrice. S’opposer sans se massacrer et transformer l’affrontement en négociation

Faire reconnaitre le principe des « légitimités plurielles » : des avis opposés peuvent être tous aussi légitimes.

En début de mandat, organiser des débats sur le type de démocratie qu’on souhaite voir se développer en pratique, y compris pour ce qui concerne la démocratie au travail, à l’école, dans les loisirs.

 Entraîner aux méthodes de résolution des conflits en privilégiant les méthodes de l’éducation populaire.

Considérer l’opposition avec respect et accueillir, sincèrement sa parole conformément à une éthique de la discussion convivialiste. 

Réunir une « Commission des Braves » afin de traiter les conflits touchant le « bon gouvernement » du territoire et favoriser les solutions partagées.

Maîtrise de l’hubris. Modération et maîtrise de la démesure

Affecter en priorité les ressources municipales aux projets et actions n’émanant pas d’une source unique (du privé, d’associations, de regroupements citoyens, etc.)

Eviter les grands projets inutiles et toute action de pur « prestige » narcissique

Évaluer périodiquement les projets municipaux à l’aune des six principes et impératifs convivialistes et donner une certaine priorité notamment financière à ceux qui les respectent le mieux.

LA TRANSVERSALITE ENTRE LES THEMATIQUES PRECEDENTES : UNE POLITIQUE DU BIEN VIVRE

Chaque municipalité ménage des lieux différents, tous marqués par une histoire et une géographie singulière. Il lui revient de comprendre le génie propre à chaque lieu, de tenir compte de son rapport particulier à l’environnement et de la spécificité de son bâti, en se demandant en permanence comment en faire ressortir le charme, ou, au minimum, l’habitabilité proprement et authentiquement humaine. Pour cela, pour développer l’esprit des communs, outre la maîtrise d’art et la maîtrise d’œuvre, réservée aux spécialistes il lui faudra former les habitants à la maitrise d’usage. Eux seuls pourront juger en dernière instance de l’habitabilité des lieux où le destin les a amenés à vivre. Il faut rompre avec les villes-dortoirs, les centres sinistrés, les périphéries dédiées au consumérisme, les espaces publics standardisés et miser sur la beauté pour qu’enfin les cœurs de chacune et chacun battent au rythme de celui de leur lieu de vie ! Donner la priorité au piéton et au cycliste et domestiquer l’automobile. Dans le même esprit, c’est l’assemblage de politiques s’inspirant de l’ensemble de ces principes qui sont à même de réduire durablement les violences sociales et sociétales actuelles. Quant au défi écologique qui nous incite à changer de société, il est clair que les territoires ont un rôle essentiel à y jouer, car ils sont à la fois les espaces de la vie quotidienne et ceux où l’on peut, le plus aisément, construire des futurs désirables que l’on peut appréhender et maîtriser.

DU CONVIVIALISME

Le convivialisme peut être vu comme une alternative au néolibéralisme et comme une philosophie de l’art de vivre en commun en s’opposant sans se massacrer. Les principes convivialistes ont été énoncés en 2013 et leur pertinence attestée depuis par le soutien de300 intellectuels connus, de bords idéologiques variés, issus de plus de 30 pays différents[1]. Ils définissent une ligne de pensée, une sorte de boussole mentale qui permet de dépasser les limites des logiques du passé qui nous ont menés à la situation présente.

  1. Commune naturalité : Les humains font partie de la nature et doivent en prendre soin pour assurer leur survie. ​
  2. Commune humanité : Tous les humains, par-delà toutes leurs différences, partagent une égale dignité. ​
  3. Commune socialité :  Le bonheur des humains tient à la qualité de leurs relations sociales ​
  4. Légitime individuation : Chaque individu doit pouvoir développer sa singularité tout en respectant les autres et la nature. ​
  5. Opposition créatrice : Les conflits sont légitimes aussi longtemps qu’ils ne menacent pas les principes de commune humanité.
  6. Ces principes ne sont réalisables que si la tentation de l’hubris est maitrisée. En effet, la cause première de l’exacerbation des conflits tient à cette aspiration à l’illimitation, au toujours plus de richesse, de domination ou de prestige.

[1] CF. convivialisme.org, et Internationale convivialiste. Le Second manifeste convivialiste. Vers un monde post-néolibéral, Actes Sud, 2018. Un nouveau manifeste convivialiste est paru en octobre 2025 aux éditions Le Bord de l’Eau sous le titre Convivialisme ou barbarie.

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