Jean-Claude Devèze, militant associatif et essayiste[1]
Les élections en 2027, et d’abord celles du président de la République, seront cruciales pour l’avenir de la France et de l’Europe vu les menaces pesant sur notre pays : montée des partis extrémistes mettant en jeu la démocratie libérale du fait de la montée de l’extrême droite appuyée par Donald Trump et d’une extrême gauche sectaire ; menaces géopolitiques des impérialismes russe, chinois et américain ; tensions et fractures sociales s’aggravant du fait de la montée des exclusions, des trafics, des séparatismes ; dégradations de l’environnement et crise climatique ; insécurité sociale et culturelle croissante ; etc.
Alors que jamais le fossé entre les citoyens et leurs représentants n’a semblé aussi profond (abstention record, défiance envers les institutions et les élus nationaux, sentiment d’impuissance face aux grands défis de notre temps), il est important pour les Convivialistes et le Pacte de pouvoir de vivre que le débat citoyen soit à la hauteur des enjeux.
La démocratie, ce n’est pas tous les cinq ans
La démocratie ne se résume pas à un bulletin glissé dans une urne tous les cinq ans. Elle doit être un espace vivant où chacun peut participer aux débats et aux actions contribuant à régler les problèmes locaux comme à façonner notre devenir commun.
Il est donc impératif de réunir les conditions pour que les prochaines campagnes électorales soient de qualité sur le fond et la forme, depuis le terrain jusqu’à l’échelon national, ce qui suppose la mobilisation de tous les acteurs engagés dans notre vie politique, pour mener des débats à la fois nourris par des dossiers de qualité et respectant l’éthique de la discussion.
Nous formulons de premières propositions au croisement des sujets prioritaires et des acteurs majeurs à différentes échelles.
Le rôle éminent du président et du gouvernement
Au président de la République et au gouvernement, nous demandons d’actualiser et de nourrir plusieurs dossiers cruciaux. Ainsi, en matière de renouveau et de renforcement démocratique, nous leur demandons de convoquer rapidement une convention citoyenne chargée de faire des propositions en matière de réforme des institutions, d’éducation politique et citoyenne, de promotion de la qualité de la vie démocratique, de recours au référendum, etc…
En matière de promotion sociale, économique et écologique, nous leur proposons de commander au haut-commissariat à la stratégie et au plan une vision à moyen terme des objectifs à atteindre et de proposer des politiques correspondantes en veillant aux synergies et aux équilibres entre les trois domaines. En matière de désendettement de la France nous préconisons la nomination d’une commission mobilisant la Cour des comptes, la Banque de France, etc., pour établir des propositions à court et moyen termes.
La mobilisation des élus
Au Parlement, nous demandons de voir comment se réformer pour être capable de voter de façon responsable le budget de la nation et de débattre de nouvelles lois de façon constructive.
Aux partis politiques, nous demandons de proposer à la fois une vision de notre devenir commun, un projet et un programme réaliste et responsable pour les échéances de 2027.
À l’Association des maires de France et aux collectivités locales, nous demandons qu’elle formule des propositions visant à mieux associer leurs électeurs à l’exercice de leurs responsabilités dans les domaines dont ils ont la charge et, chaque fois qu’ils le peuvent, d’organiser des débats sur les grands enjeux nationaux correspondants.
La participation de la société
Aux associations, syndicats et mouvements civiques, nous demandons non seulement d’élaborer des propositions réalistes et responsables dans les domaines dont ils s’occupent, mais aussi d’organiser sur les enjeux prioritaires retenus à la fois des débats citoyens et des concertations avec les responsables politiques.
Aux entreprises, nous demandons de débattre avec leurs salariés des politiques qui leur permettraient de s’inscrire dans un développement économique et social durable.
Aux citoyens, nous demandons de s’impliquer dans les débats qui les intéressent en respectant les règles de l’éthique de la discussion, ce qui suppose qu’ils acceptent d’écouter d’autres avis que les leurs, qu’ils s’informent à partir de sources fiables pour étayer leurs arguments, qu’ils acceptent de remettre en question leurs positions mal justifiées, etc. Il s’agit pour eux de passer des discussions de café entre individus exprimant leurs émotions à des dialogues entre personnes cherchant à coconstuire et à des débats entre citoyens responsables.
Une coordination d’ensemble
De nombreuses autres propositions devraient émerger pour nourrir les débats des échéances de 2027. Pour les mettre en œuvre, elles requerront la mobilisation de toutes les bonnes volontés et un effort particulier des médias pour les valoriser. Reste un problème difficile à résoudre, celui de la coordination de l’organisation de ce chantier mobilisant les forces vives de la nation et de son suivi ; ce pourrait être confié au Conseil économique, social et environnemental (Cese), aidé de la Commission nationale du débat public.
Ensemble, faisons de notre démocratie une force vivante et impliquante. La France mérite mieux que la résignation. Elle requiert des débats de qualité apportant, avec une confiance retrouvée dans le politique, l’espoir d’un devenir commun construit ensemble.
[1] Parution prochaine chez Chronique sociale de Le courage du dialogue. Se rencontrer, débattre, délibérer.
